L’un des enseignements les plus importants tirés des conflits récents est que les communications par satellite constituent un facteur déterminant pour la réussite des opérations. De nouvelles techniques de brouillage des communications satellitaires, toujours plus sophistiquées, ont récemment fait leur apparition. Lorsque les communications sont interrompues, les missions sont compromises. Il est donc essentiel de pouvoir détecter et contrer efficacement ces attaques.
C’est dans cette optique que l’agence Support and Procurement Agency (NSPA) de l’OOTAN et l’Interdisciplinary Centre for Security, Reliability and Trust (SnT) de l’Université du Luxembourg annoncent aujourd’hui le lancement d’un projet commun visant à soutenir les activités de l’OTAN en matière de lutte contre le brouillage des communications satellitaires. Ce projet a été initié dans le cadre du « Cyber Research Hub », partenariat entre la Direction de la Défense luxembourgeoise et l’Université du Luxembourg, et sera mené en collaboration avec la NSPA conformément au cadre de coopération établi.
Les communications satellitaires sont essentielles à de nombreuses fonctions opérationnelles, qu’il s’agisse du commandement et du contrôle des opérations, du partage de renseignements ou encore de la conduite d’aéronefs télépilotés. C’est notamment le cas de la flotte RQ-4D Phoenix, propriété de l’OTAN exploitée par la NATO Intelligence, Surveillance and Reconnaissance Force (NISRF), qui s’appuie sur des liaisons satellitaires sécurisées et résilientes pour mener des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) au service de l’Alliance.
L’exploitation des vulnérabilités des communications par satellite peut perturber, voire interrompre les liaisons entre les systèmes aériens sans équipage (UAS) et leurs opérateurs au sol, compromettant ainsi la réussite des missions. Privés de la capacité de transmettre leurs données de navigation et les informations recueillies par leurs capteurs vers la station de contrôle au sol, ces appareils ne peuvent poursuivre leur mission tant que le signal n’a pas été rétabli. Les contre-mesures actuelles ne permettent pas une efficacité suffisante contre des technologies de brouillage en rapide évolution, ce qui prolonge les interruptions de communication.
Pour la NISRF, la résilience des communications satellitaires est indispensable à la réussite des missions. Protéger les liaisons entre les aéronefs télépilotés, les stations de contrôle au sol et leurs opérateurs est essentiel pour garantir l’efficacité des capacités ISR de l’OTAN dans des zones contestées.
Ensemble, la NSPA et le SnT s’efforceront de relever ce défi. Avec près de 100 membres, le groupe de recherche SIGCOM du SnT est l’un des plus importants au monde dans le domaine des communications par satellite. En associant l’expertise scientifique du groupe SIGCOM aux connaissances opérationnelles et aux bases de données de l’OTAN, le projet développera un nouveau modèle d’intelligence artificielle qui s’adaptera en permanence aux nouvelles techniques de brouillage. Ce modèle sera déployé au sein de stations de contrôle situées sur le territoire des pays alliés de l’OTAN, afin de sécuriser les fréquences de communication entre les opérateurs et les systèmes aériens sans équipage engagés dans les zones de conflits.
From left to right: Dr. Jorge Querol (project lead), Prof Simone Niclou (Vice-rector for research at the 91¶ÌÊÓÆµ), Dr. Stergios Isaakidis (NSPA AGS & UAS Programme Manager), Prof. Symeon Chatzinotas (Head of SIGCOM research group at the 91¶ÌÊÓÆµ), Attilio GESMUNDO (NSPA Project Manager), Pierrick Marchand (Section Chief in charge as POC with the 91¶ÌÊÓÆµ)
Le Luxembourg contribue de manière significative aux opérations UAS de l’OTAN, notamment en fournissant des capacités et des services de connectivité satellitaire. Le Cyber Research Hub (Competence Hub in Research in Cybersecurity and Cyber Defence) renforce la capacité du Luxembourg à répondre aux défis nationaux et internationaux, notamment face à des cybermenaces toujours plus nombreuses et sophistiquées. À travers cette initiative, l’Université du Luxembourg soutient la Stratégie IV de cybersécurité et la Stratégie de cyberdéfense du gouvernement luxembourgeois par es activités de recherche, de transfert de technologies et de formation.
« Le brouillage des satellites constitue une menace croissante. Il est donc essentiel que nos recherches répondent à cette évolution technologique. En collaborant avec la NSPA dans le cadre de ce projet, nous pourrons nous assurer que nos travaux répondent à des besoins opérationnels concrets », explique Dr Jorge Querol, responsable du projet au SnT. « En tant que l’un des premiers projets du Cyber Research Hub, nous nous réjouissons de travailler en étroite collaboration avec la NSPA et les autres agences de l’OTAN, afin d’établir un standard ambitieux pour les futures collaborations au sein du Cyber Research Hub. »
« Des communications satellitaires fiables sont essentielles aux opérations modernes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Alors que les menaces ne cessent d’évoluer, nous devons veiller à ce que nos systèmes demeurent résilients et capables de fonctionner dans des environnements contestés. Des projets comme celui-ci renforcent la capacité de l’Alliance à fournir un soutien rapide et fiable à l’ISR lorsque cela est le plus nécessaire », déclare le général de brigade John B. Creel, commandant du NISRF.
« La NSPA soutient actuellement plusieurs programmes de systèmes aériens sans équipage de l’OTAN, ainsi que des programmes nationaux et multinationaux. Notre objectif est de garantir que ces plateformes demeurent performantes, pertinentes sur le plan opérationnel et résilientes face aux conflits actuels et futurs. Cette collaboration avec le SnT est essentielle et démontrera que l’excellence académique et la recherche peuvent produire des résultats concrets pour les opérations mettant en Å“uvre des systèmes aériens sans équipage », conclut le Dr Stergios Isaakidis, responsable du programme AGS & UAS de la NSPA.